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Dans ce texte chaque mot est important.
Bonne lecture.
C. G.
La grande amertume de celui qui déçoit
et l’immense ressentiment de celui qui est déçu !
Provoquer, déclencher ou sentir de la déception chez ceux que nous aimons et dont nous voulons être aimé, est je crois, une des grandes douleurs de l’existence.
Douleur qui témoigne de la présence en nous d’une demande intime, liée à notre besoin d’être accepté, reconnu, valorisé par notre environnement proche.
Mais il y a aussi la douleur, qui n’est pas moindre, de celle ou de celui qui est déçu, parfois augmentée d’auto-accusations, de regrets, de remises en cause dont elle/il peut s’affliger.
« Mon frère disparu, avait été un enfant si beau, si exceptionnel que je sentais la déception de ma mère chaque fois qu’elle me regardait. J’aurais tellement voulu mourir à la place de ce frère pour enlever cette peine à ma mère ».
« Quand mon père posait les yeux sur moi, je ressentais toute la tristesse qui l’envahissait, de ne pas être, de ne pas ressembler, à l’enfant dont il avait tant rêvé ! Je n’étais qu’une fille, un peu trop fragile et il portait dans son cœur l’image d’un garçon fort et viril ».
« Je sentais que mon mari me regardait souvent à la dérobée et quand je posais mon regard sur lui, je lisais dans ses yeux un désespoir inouï. Je savais qu’il ne voyait pas en moi, la femme belle, sociale, intelligente, raffinée qu’il aurait aimé présenter à sa famille et surtout au monde entier. Je percevais aussi une immense colère rentrée contre lui-même et cette question terrible – pourquoi ai-je fais cette erreur terrible de l’épouser ? ».
La déception que nous pouvons déclencher n’est pas toujours liée à ce que nous sommes, à ce que nous avons fait ou pas fait. Elle est essentiellement reliée à l’imaginaire de l’autre, à ce qu’il attendait de nous. Une attente qui vient de loin, bien avant la rencontre et qu’il portait en lui profondément ancrée, avec en plus un désir, une avidité tenace de la combler !
« Je ne pouvais m’empêcher de comparer mon mari, à tous les hommes que je rencontrais et qui avaient tous quelque chose de plus, de différent, de mieux que le mien. Quelque chose qui manquait à mon mari et que je cherchais ailleurs, sans jamais le trouver ! ».
Cela devrait nous interroger sur nos attirances et nos choix, sur la fiabilité de nos promesses et de nos engagements. Nous inviter à être plus lucide sur quelques unes des contradictions présentes dans nos attentes, sur les leurres à venir autour de nos espérances, quand nous proposons une relation, sur les enjeux secrets de certains désirs quand nous les transformons en projets, sur nos errances et doutes quand nous avons procrée et permis la venue au monde d’un enfant.
Quels sont les signaux envoyés et reçus, visibles et invisibles, qui vont sceller une rencontre, qui peut se révéler comblante sur certains aspects et décevante ou frustrante sur beaucoup d’autres ?
Ainsi cet homme, qui au mitan de sa vie, faisait le point, avec beaucoup de lucidité, sur ses difficulté à s’engager dans la durée. « Je déçois toutes celles qui ont accepté une relation intime avec moi, car très rapidement je vais pointer ce qui leur manque, ce qu’elles n’ont pas et dévaloriser ce faisant tout ce qu’elles m’offrent. Je ne peux m’empêcher de penser, d’imaginer que je me suis trompé, que celle que je vais certainement rencontrer, par la suite, sera la “bonne”, la parfaite, celle qui me comblera réellement. Alors chaque fois je me précipite, je pars à la conquête, je suis d’une ténacité incroyable pour convaincre l’autre que je suis celui qu’elle attend alors que je pressens déjà, qu’elle n’est pas celle qui me conviendra. A partir de là je construis des scénarios sur ce que l’autre devrait être, sur ce qu’il n’est pas, sur les réparations possibles de ma souffrance. Je vais ainsi d’échec en échec dont je fais porter la responsabilité le plus souvent à l’autre, espérant chaque fois que je ne serais pas trompé par les apparences, alors que je sais tout au fond de moi, que j’ai besoin de me tromper, pour pouvoir recommencer ! ».
Quand certains construisent leur existence sur la recherche de la déception et que d’autres se laissent embarquer dans l’inépuisable rôle de décevoir, la vie alors se révèle être une aventure douloureuse à temps plein !
Jacques Salomé est l’auteur de
“Si je m’écoutais je m’entendrais”. (Ed J’ai Lu).
lien http://www.j-salome.com/03-telechargement/editorial_2013-04-10.htm