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Si le mental résiste et que nous sommes un avec cette résistance, il n’y a plus de conflit. Pour qu’il y ait conflit, il faut qu’il y ait un agresseur et quelqu’un qui s'oppose à cette agression. Si nous sommes un avec l'agression, il n’y a plus de victime ni de lutte. Et que se passe-t-il s’il n’y a personne contre qui combattre ? Le mental cesse de s'opposer parce que ce qui le poussait à continuer c’était la résistance à la résistance.
"Une pensée intelligente, une pensée justifiée, est ce que Swâmiji appelait vision. Après avoir beaucoup réfléchi sur ce thème, je suis arrivé à la conviction que le vocabulaire de Swâmiji s’avérait le plus efficace : l’utilisation du mot vision pour le bon fonctionnement de notre intelligence et du mot pensée pour désigner l’aveuglement du mental.
« Penser » revient le plus souvent à isoler un élément de la totalité. D’une situation qui comporte un grand nombre de facteurs, vous extrayez un détail qui vous touche particulièrement et vous le « montez en épingle » de façon tout à fait arbitraire en oubliant le contexte. Placé devant l’oeil, un doigt peut cacher l’immensité de l’horizon. Voir, c’est au contraire intégrer le détail dans un vaste ensemble. L’émotion refuse de situer la part dans sa relation avec le tout : elle fait venir sur le devant de la scène un élément, s’y cramponne et ne peut plus entendre parler de ce qui la contredit. Si vous en voulez à quelqu’un, vous écartez sans merci les nombreuses raisons que vous avez de lui être reconnaissant et même de l’aimer. Ce mécanisme peut corrompre chaque relation, qu’il s’agisse de votre « gourou », de votre mari, de votre femme ou de votre fils. Il vous devient impossible de rappeler à la pensée négative toutes les raisons que vous auriez d’être positifs. Cette contradiction entre l’émotion et la vérité de la situation s’avère tellement insupportable que vous êtes obligés d’éliminer les autres facteurs dont il aurait justement fallu tenir compte. Sous l’emprise de l’émotion, les êtres humains déraisonnent, se trompent, aboutissent à une conclusion fausse et, à partir de là, agissent. La tragédie, ce n’est pas le chômage à quarante ans, ce n’est pas la trahison d’un ami sur lequel on croyait pouvoir compter, ce n’est pas même la mort d’un enfant, la véritable tragédie, c’est le mental dans sa folie. (...)
Le premier point important à comprendre c’est que la pensée ordinaire, celle qui doit disparaître, se trouve toujours liée à un élément d’émotion, même si cette émotion n’est pas nettement perceptible parce que, réprimée ou refoulée, elle ne subsiste en nous qu’à l’état latent ou non manifesté. Mais avec un peu d’habileté on la détecte dans les pensées, on s’aperçoit que ces pensées ne sont pas neutres. Au contraire, si nous voyons, nous utilisons le penser actif, et cette vision est exempte d’émotion. Par contre, elle s’accompagne et elle s’accompagnera de plus en plus de ce que nous appelons le sentiment, l’intelligence du coeur.
Par rapport à l’émotion vous pouvez considérer le sentiment comme « l’ouverture du coeur ». J’ai remarqué que cette expression venait spontanément à l’esprit de certains d’entre vous : « Je sens mon coeur s’ouvrir », « mon coeur n’est pas ouvert », « hier j’avais le coeur beaucoup plus ouvert qu’aujourd’hui ». L’émotion, à l’inverse, représente toujours une rétraction du coeur quand ce n’est pas une fermeture complète dans l’émotion négative que vous ressassez. La vision ne s’avère possible que si le coeur est ouvert. Et je vous montrerai tout à l’heure que cette ouverture offre une possibilité de contrôler ou de faire disparaître les pensées et, par là, de vivre dans le monde réel.
Pour commencer par le plus clair et le plus accessible, les pensées qui doivent et qui peuvent disparaître sont celles qui ne correspondent à rien de certain et qui fonctionnent pourtant comme si elles reposaient sur une certitude. Vous reconnaîtrez aisément ce type de pensées parce qu’elles nous sont familières, telles les pensées d’inquiétude. Prenons un exemple pour que vous puissiez appliquer ensuite le principe à vos destins respectifs. Supposons qu’il vous vienne souvent à l’esprit : « Mes moyens financiers ne vont pas continuer comme cela, je vais perdre ma situation, les prix augmentent, les gens ont de moins en moins d’argent pour acheter les produits que nous fabriquons, je ne sais pas comment je vais pouvoir faire face aux échéances. » Voilà le genre de cogitations qui ne reflète pas la situation telle qu’elle est mais qui peut cependant occuper votre esprit : l’un se fera du souci pour sa santé, l’autre pour le qu’en dira-t-on, un autre encore pour des événements qui risquent peut-être de se produire à l’échelon mondial. Il faut bien dire que, si la plupart de ces idées apparaissent à un regard lucide comme ayant bien peu de contact, pour ne pas dire aucun, avec la réalité, certaines – et là une acuité de vigilance sera nécessaire – se présentent comme intelligentes et justifiées alors qu’elles sont en fait inutiles, qu’elles tournent en rond, envisagent d’improbables éventualités sans conduire à aucune décision et ne font que consommer de l’énergie.
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Et si vous n’êtes pas vigilants, vous tomberez dans le piège en trouvant une justification à ces pensées inutiles. A celui, par exemple, qui aurait tendance à s’alarmer pour le manque d’argent, ses pensées proposeront une argumentation qui semble plausible, même s’il n’y a en fait rien de certain et de prouvé. L’anxiété s’appuie sur des suppositions, des éventualités que le mental fabrique à partir de son propre fond. Et chacun entretient des thèmes d’inquiétude qui lui sont spécifiques. Il faut être impitoyable et toujours se demander : quelle valeur ont ces pensées qui me viennent à l’esprit ?"
Arnaud Desjardins
Extrait du chapitre "la maitrise des pensées", Approches de la méditation.