Ce site aborde l'être-humain par ses multiples dimensions c'est-à-dire de façon holistique. Le but est de vous apporter des informations sur différentes façons d'apporter du bien-être et d'aborder la maladie ou le corps-humain.
Dans la pratique, « l’ego» (ahamkar), sens de l’individualité séparée (ou du moi et du non-moi) et le « mental » (manas) sont une même réalité — ou plutôt une même apparence. L’être humain normal est constitué par un « Je » recouvert par le mental. Ce terme « mental» comprend non seulement les pensées mais les émotions et les sensations, non seulement le conscient mais l'inconscient, autrement dit tout ce qui est relatif et soumis aux paires d’opposés. « Je » est stable, le mental est sans cesse changeant. « Je » est la réalité, le mental est l’apparence. Et surtout, c’est le mental qui aime et qui n’aime pas, qui a des désirs et des répulsions, ce n’est pas « Je ». «Je » est neutre. On peut être un saint et conserver un mental, donc la conscience de la dualité. Le sage est affranchi du mental. Nous avons l’habitude de distinguer le mental et le corps beaucoup pius que ne le font les Orientaux qui les considèrent comme une unité, body mind complex.
(…)
Dans l’identification demeure une dualité Je et l’objet de l’identification. Deux peuvent toujours être séparés. Deux ne peuvent pas ne pas être tôt ou tard séparés. Aucune identification n’est définitive. (...)
L’identification par fixation des pensées fait croire à l’unité mais cette fausse unité sera forcément rompue par des conditions ou des circonstances nouvelles. Dans les débuts de la passion amoureuse, de l’amour-fascination, chaque partenaire croit sincèrement ne faire qu’un avec l’autre. Mais la vérité est qu’il ne ressent pas « Je suis l’autre. » Il ressent «L’autre est moi. » Cette identification, qui est un jeu du mental, est détruite dès que l’autre montre qu’il est, en effet, un autre en se conduisant différemment de ce qu’attend le partenaire. (...)
« Je » est vérité, le mental est mensonge. Le véritable Créateur, c’est le mental. Le mental crée sans cesse autre chose que ce qui est. Mais, s’il n’y a pas de degrés ou de niveaux dans le « Je », qui est absolu, il en existe à l’infini dans le mental qui est relatif. On peut les distinguer selon leur degré d’irréalité.
Le sage, le « libéré-vivant », est affranchi du mental. Il est un tattwa darsee quelqu’un qui voit ce qui est. Tat signifie cela. Tattwa est traduit en anglais par thatness, le fait d’être cela. Tattwa jnana est la connaissance de la vérité, la connaissance suprême. Le sage vit dans la conscience supra-normale de l’Unité. Tout ce qu’on dit du Brahman, de l’Absolu, on peut le dire de lui : « Je suis sans un second », « Je suis et rien d’autre. » Non pas : « Je suis et tout est moi », ce qui est la vaine et caricaturale prétention de l’ego, mais : « Je suis et je suis chaque chose. »Non pas : « Vous êtes moi » mais : « Je suis vous. » S’il y a « autre chose », quoi que ce soit, je suis aussi cela.
Dès que le mental apparaît, la dualité apparaît ou dès que la dualité apparaît, le mental apparaît. Dès que la dualité apparaît, le conflit apparaît. Si un autre que moi n'a avec moi aucun champ d’action commun, si nos intérêts n’interfèrent jamais, c’est comme s’il n’existait pas pour moi et on ne peut plus parler de dualité. Mais s’il y a effectivement deux, un mouvement s’élève tout de suite en moi pour annihiler cette dualité, pour que l’autre devienne « un autre moi-même » (alter ego) dont je n’aie rien à craindre et tout à attendre. Le schéma du mécanisme général est très simple. On s’identifie à ce que l’on aime chez l’autre, on s’attribue ce qui apparaît positif en lui. On refuse et condamne violemment les traits que l’on ne veut pas reconnaître en soi-même et que l’on reconnaît en l’autre. Enfin, on projette sur lui tout ce que l’on ressent en soi comme négatif et on l’accuse de ce dont, au plus profond de son cœur, on est bien obligé de s’accuser soi- même. Ces trois points donnent l’indéfinie variété des relations humaines non conscientes. « Tu ne convoiteras pas », « tu ne tueras pas » s’appliquent au champ psychologique tout autant qu’aux actions concrètes. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Oui, à tous les niveaux de la réalité, notre prochain, c’est nous-même.
Ce triple mécanisme joue au niveau des sociétés autant qu’au niveau des individus. Une collectivité, l’Europe moderne, celle qui naquit au XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, a jugé aveuglément les cultures asiatiques ou africaines. Ainsi, c’est cette société dite scientifique qui a, plus que toute autre — et même contrairement à toute autre — donné à l’homme une position supérieure et à la femme une position inférieure. Elle a été justement qualifiée de « virilo-centrique ». A partir de là, elle a vu l’oppression et le mépris de la femme là même où la femme était non seulement respectée mais vénérée. Cette société a développé et hypertrophié, de façon proprement monstrueuse, l’égoïsme et l’indifférence aux vraies demandes des autres. A partir de là, elle s’est crue investie d’une mission salvatrice pour le reste de l’humanité. Elle a refusé de voir l’hospitalité, la générosité, le sens du service de l’autre comme un devoir sacré, qui ont subsisté jusqu’à aujourd’hui en Orient et en Afrique. Une société fondée sur l’acquisition de l’avoir ne peut pas comprendre une société fondée sur l’apprentissage de l’être.
Source : Extraits de : "Les Chemins de la Sagesse". Arnaud Desjardins